Après le départ des touristes: la vie cachée des nomades en Mongolie

Lorsque je pars visiter un nouveau pays, je ramène tant de belles choses, de souvenirs, d'images, d'émotions, que j'en écrit de belles histoires. Pourtant, dans chaque pays, il y a des choses moins belles, que l'on voit, que l'on devine, que l' on comprend, ou parfois même qui nous sont racontées. Si j'ai choisi de ne pas parler des mauvais côtés de mes voyages dans mes récits au jour le jour, je ne les oublie pas pour autant. Ainsi en est-il de la Mongolie. Alors aujourd'hui, "Je dis voyage" pour vous parler de mon ressenti sur la vie du peuple nomade de Mongolie.



Les steppes, les yourtes, les troupeaux à perte de vue... Ce qui est presque idyllique pour un voyageur de passage l'est moins pour ceux qui vivent cette vie au quotidien. Ce n'est probablement pas un hasard si un tiers de la population Mongole vit aujourd'hui à Oulan-Bator, la capitale du pays, bercée par la modernité. Dès que votre regard se pose sur un cavalier nomade de la steppe, vous pouvez lire les traces d'une vie difficile sur son visage.



L'un des souvenirs fort que j'ai ramené de ce voyage, c'est le sourire de Boldo, notre guide et éleveur de la vallée de l'Orkhon. Si aujourd'hui j'en garde l'image d'un sourire communicatif à l'aune de la malice de son possesseur, il m'a aussi marquée dès l'instant de notre rencontre, ce sourire à la dent en or sur le devant. Encadré d'une peau tannée par les éléments, le vent, le soleil et le froid, dans un visage creusé de sillons qui démentent l'âge de ce trentenaire. Une vie difficile dans un monde dur, qui laisse des traces visibles sur les habitants de la steppe.


Aperçu de la vie des steppes


La dureté de cet univers laisse aussi des traces sur la steppe elle-même. Pas un jour sans croiser un rappel de la fragilité des troupeaux, de la précarité de la vie dans ce monde. Épars, les ossements d'un mouton, le crane d'une chèvre ou le sabot d'un cheval, qui nous chuchotent l'histoire d'une bataille perdue. Quand à la nuit venue, cette femme nous a déclaré en rentrant dans sa yourte avoir vu un loup, j'ai mieux compris ces précautions quotidiennes, rentrer les troupeaux à la nuit, attacher les jeunes yaks pour garder leurs mères près de la sécurité des chiens qui veillent à la lueur de la lune. Les incessants aboiements nocturnes sont ainsi la preuve que tout va bien.



Ces prédateurs menacent toute l'année, mais quand les touristes sont partis, chassés par le froid grandissant, que les randonnées sont finies, les nomades, eux, se préparent à affronter les rigueurs de l'hiver. Des hivers qui rendent absurde la panique lors des maigres chutes de neige parisiennes. Des hivers aussi froids que les étés sont chauds, avec un thermomètre qui semble perdre la tête, des degrés négatifs de l'ordre de quelques dizaines. Une situation pourtant que les habitants de la steppe et leurs troupeaux doivent affronter chaque année, et qui prélève son dû parmi les animaux. Pourtant, quel éleveur pourrait survivre sans son troupeau? En Mongolie, la laine des moutons et des chèvres cachemire est un trésor, de ces trésors simples qui remplissent l'assiette d'un enfant et offrent un toit à ses parents.


Fille de la steppe

L'histoire de notre second guide est de celle qui vous touchent et vous rappelle à cette réalité. Ce printemps-là, il guidait une randonnée pour la première fois. Et cette randonnée, ce n'était pas pour lui un plaisir, une envie passagère, non. Pour lui, cette randonnée, c'était la chance pour ses deux filles aînées de continuer l'université, c'était l'avenir de ses enfants. L'hiver précédent, il avait perdu plus de la moitié de son troupeau à cause du froid intense et prolongé, et du manque de nourriture subséquent. Guider des touristes à cheval, pour lui, c'était une rentrée d'argent nécessaire, essentielle même, l'opportunité de racheter des animaux, de sauver son troupeau, et permettre ainsi à ses filles de rester à Oulan-Bator, de terminer leur études et leur offrir ainsi une autre vie. Voilà une histoire qui vous offre une leçon d'humilité.


Indispensable troupeau

Voici donc ces choses que j'ai vues, que j'ai deviné, des histoires, des vies, un courage, qui forcent l'admiration. Un rappel de notre chance dans la vie moderne, quand la couleur de notre prochaine robe ou le choix d'une bouteille de vin est notre principal souci. C'est là la force des voyages : par les rencontres, les découvertes, c'est l'opportunité de se remettre en question, d'apprendre à apprécier les petites chances du quotidien.


Ah le confort! Quand les familles vivent dans des yourtes, ces maisons démontables de six mètres de diamètre, quand l'électricité vient d'un panneau solaire de 40cm x 40cm et qu'il faut l'économiser précieusement, quand l'eau courante est celle du lac voisin, et qu'il faut la chauffer patiemment sur le feu pour laver le t-shirt de rechange des enfants, quand la première ville est à des heures de route... Et pourtant, il y a en ces gens une envie de vivre si forte. Le bonheur des enfants qui jouent dans la porte sous la grêle. J'admire le courage et la force de ces familles, qui font tout d'un rien.




Malheureusement, il est un mal qui sévit si fort aujourd'hui parmi les hommes mongols, Par ennui, par désœuvrement peut-être, par l'arrivée des véhicules à moteur qui font gagner du temps mais laissent du temps libre, que sais-je ... Ce mal, cet ennemi, il a un nom : c'est la vodka. L'alcoolisme est un fléau moderne qui frappe les steppes avec vigueur. Nos guides ont ainsi modifié notre chemin un jour afin d'éviter un rassemblement qui risquait fort d'être alcoolisé. Un mal qui laisse des traces: les bouteilles de verre vides fleurissent la steppe. Elles rejoignent les chaussures et autres plastiques abandonnés, preuves non dégradables de la collision d'un monde ancien avec la modernité.


Ville en bord de route

Aujourd'hui, la vie nomade me semble en transition. Elle s'ouvre facilement à la modernité galopante, qui offre tant de possibilités pour une vie plus facile. Une modernité qui apporte hélas avec elle ses propres travers. La vie des nomades aujourd'hui: une vie dure issue d'un pays rude, mais résolument tournée vers l'avenir et l'espoir.


Un mode de vie qui, malgré ses travers, a tout mon respect, et m'a offert de belles leçons. Ce texte parle ici de mon ressenti personnel, lors d'un voyage il y a déjà deux ans. Il est sûrement des choses que je n'ai pas vu, et je crois qu'à son rythme actuel, le pays a déjà changé depuis mon voyage.

Et vous, y a t-il des peuples ou des hommes qui vous ont ainsi marqués ?

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1 commentaire:

  1. Il est toujours bon de plonger au coeur de la réalité, ça fait effectivement réfléchir. Merci pour ce partage qui permet de prendre conscience de pas mal de choses !

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