Randonnée en Mongolie - 5 : A cheval au pays des huit lacs

Un jour, on se croit au bout du monde, de l'émerveillement et des découvertes. Et puis l'on découvre qu'il est possible d'aller encore plus loin. Partir vers les lacs isolés de Mongolie, avec pour seuls compagnons des voyageurs les yaks et les chevaux. Souvenez-vous, je m'étais endormie dans les steppes de Mongolie, face à un ciel immense, déjà des étoiles plein les yeux.

Et parce qu'aujourd'hui est un jour un peu spécial, parce que mon blog a (déjà!) 6 mois, je vous propose de vous emmener de nouveau dans le même pays qu'au premier jour du blog.


Chargement des yaks


Nous avions déjà découvert la steppe, la vie nomade, les longues journées à cheval sans pouvoir prendre de douche, les troupeaux en liberté, les ovoos et les espaces immenses. Est-il alors possible de s’éloigner encore un peu plus de notre quotidien? Départ en autonomie pour trois jours. Au revoir véhicules d'intendance. Sacs allégés au minimum, il faut charger les yaks. Heureusement que rien n’est fragile, car le matériel est sanglé sur leur dos … fermement ! Les yaks sont lâchés, ils sont partis … sans nous!



Prêts à partir

Bientôt nous les suivons au cœur de la forêt, et c’est à leur rythme que nous entamons l’ascension. Et ça grimpe ! Au milieu des sapins, la piste se réduit petit à petit, et c’est en file indienne que nous atteignons le sommet avant de redescendre. Les arbres laissent alors la place à un paysage complètement changé. Nous suivons une ancienne coulée de lave érodée qui forme désormais des empilements chaotiques de roches, d’où pointent parfois des arbres. Le terrain que nous traversons est marécageux, les chevaux s’enfoncent parfois dans l’eau.


A cheval derrière les yacks


Changement de paysage

Nous avons atteint le pays des 8 lacs, où les pistes carrossables ont disparu. Ici, dans le parc de Naiman Nuur, ce n’est pas à perte de vue que porte le regard, mais sur un paysage vallonné surmonté dans le lointain par les montagnes couronnées de neige. Bientôt nous nous installons pour un repas au dessus du lac Huis, le « lac du nombril ». Ce sera notre camp de base. Les yaks sont déchargés et une simple pierre suffit à les attacher, grâce à l’anneau qu’ils ont dans le nez. Nous repartons ensuite à cheval pour découvrir dans des recoins inattendus deux autres lacs plus petits.


Entre les lacs

A notre retour, nous montons les tentes pour nous installer. C’est un moment de calme et de repos pour chevaux et cavaliers, et l’heure d’aller boire pour les yaks. Mais bientôt le froid se fait plus mordant et c’est déménagement express. Les nomades qui habitent plus bas ont une seconde yourte au dessus du lac. C’est là que nous nous installons. Les tentes sont démontées, sauf celles dans lesquelles nous rangeons les selles et dans laquelle Boldo me conseille de me dissimuler le temps que le reste des affaires soient transportées. Ce moment intemporel où nous nous retrouvons tous les deux à contempler ce paysage féerique, et où il m'explique l'itinéraire du lendemain, à grands renforts de gestes et des quelques mots de Français qu'il connait. Je comprendrai au moins que nous allons aller voir de nombreux lacs.


Installation des tentes

Déménagement

Yourtes du soir avec vue sur le lac Huis

Pendant ce temps, Bagii le cuisinier termine le repas … préparé directement dans la tente, avec deux réchauds pour cuisiner. Les repas se ressemblent souvent, avec des déclinaisons: parfois légumes divers et lamelles de bœuf, parfois pâtes et bœuf, ou encore soupe, légumes et bœuf. Bien évidemment, je n'ai pas voulu chercher à me renseigner plus précisément sur le mode de conservation du bœuf dans le véhicule d'intendance... Les carrés de chocolat constituent souvent un dessert très apprécié.


Comment attacher un yack

Ce soir, nous sommes invités par les nomades chez qui nous dormons. Mais avant d’entrer, il faut attraper les petits yaks afin de les attacher pour la nuit pour les garder à proximité afin de les protéger des loups. Rodéo (à pied)! La jeune fille d’une douzaine d’année est bien plus douée que moi. Bien au chaud, on nous offre ensuite du yaourt au lait de yak (délicieux !). Pour l’accompagner, le chef de famille prend une besace qui ne paye pas de mine pendue à un pan de la yourte. Dans celle-ci, un sac plastique qu’il ouvre pour nous proposer son contenu. Surprise: du sucre! Malgré l’isolement, la modernité s’est invitée dans les yourtes. Les panneaux solaires rentrés la nuit rechargent la batterie, qui offre la lumière le soir et quand il pleut, et la parabole capte la télé. Film en noir et blanc, émission américaine doublée en Mongol, ou publicité pour une poupée… Ash, notre guide, a la gentillesse de traduire certaines conversations pour nous: j’aurai pourtant préféré ne pas savoir que notre hôtesse a vu un loup. Maintenant, il nous faut rejoindre notre yourte dans la nuit noire…


Repos du soir
Abreuver les yacks

Programme de cette nouvelle matinée : découverte des quatre derniers lacs. Oui mais voilà, la météo est aussi de la partie. On part vite, très vite, pour arriver au lac de Shireet avant la pluie. Si vite que malgré le sol marécageux et la distance, on a réussi. Après une dernière montée bien raide, magnifique panorama sur ce grand lac encore gelé. C’est seulement au bord des autres lacs, plus petits, que la pluie nous rattrape. Pourtant, lac après lac, nous menons un train de course de trot sur un terrain plutôt inhabituel à cette allure. Ce qui nous prouve de nouveau une qualité première de nos chevaux: un pied sûr, tout terrain en toutes circonstances !


Lac de Shireet et ciel menaçant!

Cet après-midi, je partage quelques moments avec une famille installée à proximité. Rien de tel pour apprécier certains conforts de la vie moderne: ici, madame, installée à même le sol de la petite yourte, fait la lessive des enfants avec l’eau du lac bouillie sur le poêle et tout de même un peu de lessive en poudre. Pendant ce temps, monsieur discute avec les invités… La lumière du jour éclaire les lieux par l’ouverture centrale du toit de la yourte, qui reste ouverte par toutes les températures. Seules les chutes d’eau sous toutes ses formes poussent quelqu’un à sortir pour rabattre le toit et plonger les lieux dans l’ombre. Alors la fée électricité est la bienvenue pour apporter un peu de lumière. Mais attention, dès la tempête passée, on rouvre le toit et il ne faut pas oublier d’éteindre la lumière, sous peine de se faire rappeler à l’ordre par une enfant de la maison. Celle-ci colorie d’ailleurs avec des feutres de chez Cora… Il semblerait que des Français soient déjà passés par là.


Des enfants qui jouent dehors... même sous la grêle

Départ quand la pluie se transforme en grêle. Je découvre une technique locale plutôt … étonnante. Changer de cheval, c’est plutôt facile, non ? Pourtant, quand les chevaux sont à moitié sauvages, cela devient toute une aventure digne d’être contée. Il faut d’abord trouver un cavalier nomade, parfois accompagné d’une jeune française aventureuse peu effrayée par les aléas climatiques. Alors, on rejoint le troupeau en liberté et on le contourne avant de le lancer dans la direction souhaitée, à grand renfort de cris et de gestes. Attention à ne pas laisser quelques petits malins s’échapper. Et puis, on les pousse vers un espace entre les rochers, une seule entrée, juste assez de place pour accueillir le troupeau. Quelques nomades pour bloquer l’entrée et les chevaux qui ont travaillé peuvent être dessellés et relâchés. Il reste ensuite à attraper le cheval souhaité… au lasso! Et voilà, le tour est joué! Ou presque! Les chevaux mongols sont endurants, capables de passer partout, mais aussi très vifs : il est difficile de les approcher de près. Alors il faut s’y reprendre plusieurs fois avant d’en attraper un. Les nomades ont d’ailleurs un code sonore pour communiquer avec leur troupeau: un sifflement pour les calmer, un bruit des lèvres pour les appeler, des cris pour les faire avancer et les diriger. J’ai vu Boldo appeler ainsi les chevaux, et tout le troupeau a pointé la tête vers lui.


Il faut vraiment qu'on reparte maintenant?

Alors déjà nous rentrons vers notre abri, laissant encore une fois la folle liberté de ces espaces nous enivrer de vitesse. Ce soir, nous nous réfugions de nouveau dans la chaleur de la yourte, avant une journée du lendemain plutôt réfrigérante...


Yourte avec vue

Voilà déjà deux nouvelles journées de mon périple en Mongolie de passées, une expérience dans une région incroyablement isolée et pourtant habitée et branchée sur le monde, une confrontation avec la nature d'autant plus forte qu'à part nous, les touristes sont absents en cette fin du mois de mai.

Retrouvez aussi tous les articles sur mon voyage en Mongolie: récits et conseils.


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6 commentaires:

  1. Tes récits sont passionnants ! J'ai beaucoup aimé la manière dont les yaks sont attachés :P.
    Ces petits chevaux m'ont toujours fasciné, je ne saurais dire pourquoi. En tout cas, ils ont l'air d'être de bons compagnons de route ! :)

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    1. A choisir, c'est sûr que je préfère les chevaux aux yaks comme compagnons de route: plus dynamiques, et moins effrayants!

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  2. Alors ça, c'est une expérience que j'adorerais vivre !

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  3. Ca nous donne des idées pour nos futures aventures...(rêveuses). Merci beaucoup pour le partage ;-)

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