Le jour où j'ai compris la mise sur la main

Les cavaliers l'auront compris d'après le titre, aujourd'hui je vais parler équitation. Et en particulier dressage. Après avoir organisé une édition de la Cavalcade des blogs, je redeviens simple participante. Voici donc ma participation à la onzième édition de cette Cavalcade, organisée par Alexandrine, du blog Éduquer son cheval, sur le thème de la progression et l’évolution du cavalier grâce et au travers du cheval. Je vais donc vous parler d'un problème que j'ai rencontré dans ma progression en équitation, et comment je l'ai résolu.

La mise sur la main. Une expression qui m'a longtemps fait fuir tellement le concept me paraissait étranger. La mise sur la main, c'était une espèce de position particulière du cheval avec un contact entre sa bouche et mes mains. Ou, comme le dit la définition: "Un cheval est sur la main lorsqu'il tend symétriquement ses rênes vers le bas et vers l'avant de façon constante grâce à l'engagement de ses postérieurs." Mais entre connaitre une définition et la comprendre, il y a un gouffre.



Pourtant, ce n'est pas faute de monter des chevaux dressés. J'avais déjà eu des chevaux sur la main, des chevaux archi-dressés qui venaient en main tout seuls. Une jument montée en permanence en rênes allemandes et donc toujours en place sans rien demander. Oui, mais voilà, je n'arrivais pas à le sentir, à saisir ce qui se passais, à ressentir cet "état" particulier du cheval. Rien n'y faisais, je ne comprenais pas. Et ça a duré longtemps.


Incompréhension: Un cheval sur la main...
Source: Guido Daniele

Les poons que je montais le plus souvent, à l'inverse, était des jeunes sans expérience qui apprenaient autant que moi. Mais ils m'ont aussi énormément donné. Oui, j'ai appris l'incurvation en même temps qu'un poney de trois ans. Et c'est une technique qui marche. Enfin, pas toujours. Donc pour la mise sur la main, c'était mal barré. Peut-être que mes montures ne me convenaient pas pour cet apprentissage, trop ou trop peu dressées, peut-être que la façon d'aborder la question ne me correspondait pas, je l'ignore. Toujours est-il que j'ai finis par détester le concept et fuir les exercices sur le sujet, parce que de toute façon, avec moi, ça ne marchait pas. 

Les années ont passé, avec les études j'ai arrêté de monter à cheval 2 ans (oui, oui, DEUX ans, je me demande encore comment j'ai fait). Quand j'ai repris, deux nouveaux clubs et quatre moniteurs en deux ans n'ont pas résolu le problème. Jusqu'au jour où...


Houston, on a un problème...


J'avais un sérieux problème, puisque la mise sur la main est un exercice essentiel dans le dressage des chevaux. Jusqu'à un certain soir d'hiver. Ce soir là, à mon grand désarrois, le moniteur a annoncé: on travaille le mise sur la main. Il s'est alors trouvé réunies deux conditions nécessaires à ma réussite. D'abord un cheval qui me convenait: il connaissait l'exercice, mais ne se mettait pas en place tout seul. Un cheval qui s'appelait ... Houston. Un nom prédestiné, non? (Pardonnez-moi le jeu de mots, il était trop beau). Et ensuite un moniteur patient et prêt à passer la séance à nous enseigner ce travail. Ce qui peut paraitre simple, mais la mise sur la main est rarement le seul objectif d'une séance. Et c'était pourtant ce dont j'avais besoin.

Je me souviens donc avoir passé une heure à tourner en rond, cercle après cercle, à tenter de jouer avec mes doigts de toutes les façons possibles. Et là le miracle, une demi-seconde, un contact furtif, une nuque qui cède un instant. Une sensation infime, mais je l'ai SENTIE. Alors on recommence, encore et encore, à une main et à l'autre, tourner en rond, chercher avec ses doigts. Et de temps en temps, un cheval qui répond. Ce n'était presque rien, et pourtant c'était tout: car ce soir-là, j'ai enfin compris cet exercice qui m'a bloquée si longtemps. J'ai eu l'impression de faire un bond en avant après avoir buté pendant des années.

Et cela grâce à un moniteur qui a pris le temps de me faire ressentir les choses. Je me souviens avoir alors résumé l'idée par la phrase "Résister pour mieux céder".  Car mettre son cheval sur la main, c'est gagner sa confiance, établir un contact léger entre sa bouche et nos mains, mais aussi transformer son équilibre pour l'améliorer. La mise sur la main passe par tout le corps du cheval, et cela j'ai mis bien longtemps à le comprendre.

Ce soir-là n'était que la première étape dans ma compréhension de cet exercice, mais une étape essentielle, un déclencheur pour mieux avancer. Pour vous dire son importance, c'était il y a déjà cinq ans déjà, mais je m'en souviens encore. Depuis, à chaque séance, j'apprends petit à petit un peu plus. Et j'ai réalisé à quel point j'avais progressé cet hiver, quand j'ai pu monter seule ce cheval de mon club que j'aime beaucoup, que nous appellerons Milou* pour préserver son anonymat. Milou donc, ne se met pas facilement sur la main. Pourtant, ce jour-là, j'ai réussi à l'avoir en place, et à sentir un cheval léger, presque aérien, en équilibre même au trot allongé. J'ai senti cette transformation positive dans l'équilibre du cheval quand il est en main. J'ai adoré il y a peu quand ma mono m'a dit que ce même cheval était super bien un soir, même si c'était dommage de l'avoir aussi bien pour une séance d'obstacle, alors que je n'ai pas obtenu le même résultat en travail de dressage avec ce même Milou la semaine suivante. Merci Houston pour m'avoir permis de vivre un jour ce moment magique.


Ce que je retiens de cette expérience, c'est qu'il ne faut pas se braquer face à un problème, qu'il faut trouver les bons interlocuteurs, humains et équins et agir pour affronter le situation. Même si parfois, nous avons besoin de temps pour cela. Et que ce soit en équitation ou dans tout autre activité, il est possible de rencontrer des difficultés, des blocages qui peuvent durer longtemps. Mais même si il nous semble que nous n'avançons plus, qu'aucune solution ne nous apparaît, nous apprenons inconsciemment de nouvelles choses, jusqu'au jour où les conditions sont réunies et tout se met en place. Toute progression n'est pas forcément linéaire, nous devons parfois faire preuve de patience et prendre des détours pour apprendre.

En conclusion: ne vous découragez pas en cas de difficulté qui dure, la persévérance finit toujours pas payer!




* C'est le moment où je réalise que nous avons réussi à surnommer du nom d'un chien minuscule un selle français bien costaud d'un 1m70 environ...

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15 commentaires:

  1. C'est une belle leçon que tu donnes. Il ne faut jamais renoncer et se décourager ! Joli texte plein d'expérience ! C'est vrai qu'il faut savoir écouter les autres, même si on est pas toujours d'accord, et rester "open-minded" ^^

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    1. Pas facile parfois de ne pas se décourager, mais un jour on finit par trouver la solution!

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  2. J'ADORE TON ARTICLE !!
    C'est exactement ce que j'attendais comme article ! Tellement bien écrit que j'ai envie de me immédiatement jeter dans la nuit au milieu de la rue et de courir entre les voitures jusqu'à pouvoir poser mes fesses sur un cheval et le mettre en place ! Les sensations sont superbement retranscrites, s'en est presque poétique ! Tu as toute mon admiration :D

    Effectivement la progression n'est jamais linéaire, ma monitrice me l'a toujours dit : il y a des phases ou l'on se trouve nul et ou l'on a l'impression d'arriver à rien alors qu'en réalité on continue de progresser par la réflexion qui va nous mener à la compréhension finale d'un exercice.

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    1. Eh bien, pour un thème que j'ai eu du mal à trouver! Merci. Bon fait attention entre les voitures quand même hein! Faut que tu sois en forme pour écrire un bel article de conclusion ;-)

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  3. Tellement vrai ! Les choses se débloquent souvent quand on se retrouve face à la bonne personne, compréhensive et patiente, et comme tu le dis si bien, la persévérance fini toujours par payer ! :)

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    1. La bonne personne, le bon cheval, le bon moment, le bon contexte, mais difficile de savoir à l'avance lequel sera le bon!

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  4. Super article ! c'est vrai que c'est super abstrait comme concept Oo
    hahaaa Milou j'ai tellement ri ^^

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    1. Oui, c'est un concept central en équitation, mais pas facile à comprendre au départ.
      Et Milou, c'est du vrai de vrai, je l'ai même pas inventé!

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  5. Mettre son cheval sur la main c'est essentiel en dressage, et bien plus agréable qu'un cheval crispé. Mais quand on monte au club, il n'y a pas à dire, je pense que c'est davantage le cheval que le cavalier qui aura le dernier mot :) Donc il n'y a pas de quoi se trouver nulle. Voici un article qui me semble intéressant http://astuces-equestres.wifeo.com/la-mise-en-main-.php

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    1. Oui, c'est toujours compliqué avec les chevaux de club qui passent entre toutes les mains. Mais maintenant j'arrive à avoir des résultats, donc j'en suis bien contente :-)

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  6. Petite débutante que je suis, j'aurais appris quelque chose en lisant ton article (toujours aussi bien écrit soi-dit en passant). Bon le plus difficile sera la mise en pratique, mais peut-être que dans 10 ans ....

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    1. Ne t'inquiète pas, tu y viendras en temps et en heure avec ta progression!

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  7. Je compte écrire un article à ce sujet car je trouve qu'à notre époque, on est devenu trop obsédés par cette mise sur la main sans comprendre que c'est le résultat d'un travail bien fait. On se focalise dessus et c'est ce qui nous bloque, on en vient à tenter de l'obtenir en faisant un raccourci, c'est-à-dire en ne l'obtenant qu'avec les mains.

    C'est d'ailleurs ce qui me fait un peu tiquer dans ton article: tu parles surtout de jouer avec les doigts pour obtenir la mise en main. Mais dans ce cas là c'est juste une cession de la machoire/nuque.

    Enfaite je pense c'est délicat de décrire la mise sur la main, ça vient des jambes comme des mains, d'un cheval et d'un cavalier en équilibre, de hanches qui s'abaissent, de membres qui engagent, d'un dos qui se tend... Et au final, bien peu de nous l'obtiennent réellement.On en approche plus ou moins, mais en tout cas tu as raison: c'est en travaillant qu'on l'obtient, et travaillant juste !

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    1. Oui, je suis tout à fait d'accord avec toi, la mise sur la main n'est justement pas qu'un travail de main, mais c'est un équilibre d'ensemble qui nécessite l'engagement du cheval. J'ai bien conscience que je n'en ai pas beaucoup parlé dans cet article, parce que j'ai fait le choix de parler plutôt de ressenti, donc ça ne m'étonnes pas d'avoir ce retour...
      Et en effet, c'est très difficile de le décrire précisément, et c'est probablement pourquoi c'est si difficile à comprendre. Et j'ai eu du mal à trouver les mots pour le décrire. Donc si tu arrive à faire un article plus technique pour l'expliquer, j'irai le lire avec intérêt!

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    2. Oui je me suis dit ensuite que ça devait être volontaire aussi de pas se perdre en explications techniques pour rester sur les sensations :)
      J'écrirais un article dessus, mais ce n'est pas dit que j'y arrive mieux que toi, surtout qu'en fouinant à droite à gauche, je me suis aperçue que la conception de la mise sur la main peut vraiment varier d'une personne à l'autre!
      Un vrai casse-tête...

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