Randonnée en Mongolie - 6 : Entre tradition et modernité

La Mongolie est un pays aux multiples facettes. Il est une journée particulière de mon voyage en ce pays qui fut pour moi celle du contraste, celle qui m'a montré toute la dureté et toute la douceur de ce pays: son climat et son peuple.

Vue depuis la yourte au réveil


Il est bientôt temps de dire au revoir au pays des lacs, après que l’aube se soit levée. Partir de ce bout du monde où nous avons vécus au milieu de nulle part pour redescendre vers les steppes.



Les yaks sont chargés, les bouteilles de pastis finies au petit déjeuner pour ne pas s’encombrer. Nous retrouvons le chemin pris à l’aller bien changé, car la météo est venue s’en mêler. Ce sera une première pour moi : rando sous la neige… et derrière les yaks. Petit à petit, les jaunes, bruns et verts se couvrent d’un blanc uni, d’où tranche seul le mouvement des quelques cavaliers que nous sommes. La forêt est belle, parée de ses couleurs d’hiver. Si l’on demande à Boldo, vêtu comme chaque jour de ses éternels del et chapeau, sans gants, il répond comme toujours que « ça va ! ». Pour nous, le repas de midi au chaud sous la yourte d’un ami d’un de nos guides est le bienvenu.


Sommes-nous toujours en Mongolie?

Puis nous repartons au rythme du pas des yaks. C’est qu’ils avancent, malgré leur chargement. Ils sont en liberté devant nous, guidés par la voix. Il est parfois nécessaire à l’un des « conducteurs de yaks » d’aller en ramener un dans le droit chemin, surtout dès lors que la piste a rejoint la vallée, ses grands espaces et ses troupeaux en liberté. Nous installons notre campement en lisière de forêt avec une vue imprenable sur la steppe dégagée devant nous. Un petit « village » de yourtes est installé à proximité, chacun à portée de vue de son voisin mais en gardant tout de même ses distances.
De drôles de panneaux fleurissent au milieu de la steppe

Les yaks rentrent chez eux et je pars avec Boldo chez les nomades. Objectif: contacter nos chauffeurs de 4X4 pour qu’ils sachent où nous retrouver. Dans la yourte, le téléphone portable a sa place: pendu à l’une des poutres du plafond, probablement positionné de façon optimisée pour la meilleure réception. Il y reste d’ailleurs pendant les appels, avec le haut-parleur. Il nous faudra pourtant visiter une deuxième yourte pour réussir à passer l’appel, avec le deuxième thé au lait salé et les biscuits secs et la crème qui l’accompagnent. Lorsque nous repartons vers le campement, une nouvelle tempête s’est levée: visibilité réduite, désorientation complète, mais confiance totale et galop sous la neige exceptionnel.


Monter les tentes face à un tel paysage, c'est magique

On se réchauffe tous autour d’un feu de camp lorsque les 4X4 arrivent: sauvés! C’est alors l’occasion de s’entasser à 9 dans un 4X4 pour partir au ravitaillement pour l’apéro du soir. Ce trajet en 4X4 est une aventure en soi. Creux et bosses, traversées de rivière à gué, chien qui court devant la voiture et qu’il faut éviter…au milieu d’un paysage sublimé par la neige qui a cessé de tomber.



Les magasins de ce pays sont comme le reste: ils ne sont pas signalés. Il faut l’œil d’un habitué pour reconnaître une boutique dans l’une des rares maisons en dur rencontrées. Mais ils n’ont pas ici ce que nous cherchons. Dembe se propose alors pour rejoindre le village le plus proche en moto et nous ramener à boire: 25 km supplémentaires de steppe. Ils sont étonnants ces Mongols! Grâce à lui, de retour au campement, c’est repas et veillée, animée et arrosée, au coin du feu de bois. Après une journée si froide, la Mongolie révèle toute sa chaleur humaine autour des flammes et d'une bouteille de Vodka.





Une nouvelle journée s’éveille avec le lever du soleil. Nous repartons à travers les steppes. Dire que l’on arriverai presque à s’habituer à cette immensité entourée de montagnes et couverte de troupeaux avec de nombreux petits nés au printemps. Parfois même nous croisons des chevaux en liberté à quelques mètres de nous. Le paysage est plutôt herbe rase, sol de roche volcanique affleurante et fossés creusés en d’autres temps par les ruisseaux et rivières. Parfois des arbres forment un bois clairsemé, et c’est au détour de l’un de ceux-là, au cœur d’une clairière qui offre une bulle d’intimité, que nous arrivons chez notre guide Chimid-Dorj. C’est dans sa yourte, avec sa fille et sa femme que nous prenons le repas de midi. Celle-ci prépare d’ailleurs à notre arrivée une spécialité surprenante: le lait est mis à évaporé peu à peu sur le poêle, pour n’en garder que l’essentiel, une substance blanche qui a l’aspect et la texture d’une éponge, et un gout plutôt amer.



Peu après notre départ, nous croisons un troupeau de chevaux qui semble s’intéresser à nous. Ce sont les chevaux de Chimid-Dorj, et leurs appels à leurs compagnons nous suivent quelque temps. Bientôt, nous dévorons les lieues au rythme de la « marche de Genghis Khan », l’allure utilisée par celui-ci pour tester l’endurance de ses soldats. Il s’agit d’un petit trot que les chevaux peuvent tenir très longtemps… mais pas forcément les cavaliers! Boldo anime notre journée en appelant régulièrement Alain, qu’il a surnommé « Owo », grand-père.


Rencontres dans la steppe

Après une petite course au grand galop, nous nous engageons dans une étroite vallée perpendiculaire à la vallée de l’Orkhon. Petite vallée, ruisseau enserré entre deux montagnes, en laquelle bouillonne un concentré de vie. L’herbe y est plus verte, yourtes, hommes, chiens et troupeaux plus nombreux. On y rencontre même un tracteur en train de labourer. Charrue à deux fers et petit tracteur sont à la dimension du champ. D’ailleurs, ici, ce sont les champs qui sont enfermés, quand les bêtes sont en liberté.


Le champ dans son parc

Le tracteur, une soudaine touche de modernité

Plus nous nous enfonçons dans la vallée, plus les signes de la présence humaine se font rares, jusqu’à ce que la piste devienne le dernier témoin du passage de l’homme. Nous sommes seuls au cœur des bois. Puis, soudain, nous atteignons les sources chaudes, des chalets de bois tout neufs…tellement neufs qu’ils ne sont pas encore terminés. Mais il y a tout de même une solution pour se laver: la douche de plein air, à l’eau soufrée des sources chaudes. Mélangée à l’eau froide de la cuve métallique à l’extérieur, celle-ci atteint la température idéale. Ajoutez un tuyau d’arrosage, quelques cavaliers un brin téméraires grisés par les joies du voyage, des maillots de bain, un toit et des rideaux en tissus pour couper le vent glacial, et vous obtenez le bonheur simple d’une bonne douche chaude!


Vallée verte


Voilà, la Mongolie, c'est tout ça, une terre de contrastes, une terre dure mais habitée par des Hommes au grand cœur, une terre si belle à découvrir à cheval.



Retrouvez aussi tous les articles sur mon voyage en Mongolie: récit au jour le jour et conseils.


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16 commentaires:

  1. J'ai bien aimé "les bouteilles de pastis finies au petit déjeuner", et beh vous commencez rondement la journée.
    Ah que j'aimerais y aller, pas pour le pastis ou la vodka, mais pour les paysages et ses contrastes.

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    1. Ben oui, quand il faut vider les bouteilles pour moins charger les yaks, on finit le pastis au petit déj', logique!
      Ah ces paysages, c'est sûr, ils valent le coup!

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  2. Tu me fais rêver Emilie :) Moi qui suis un peu casanière, je voyage un peu à tes côtés... Bisous ^^

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    1. C'est un plaisir de voyager en ta compagnie, Aileza!

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  3. Qu'est ce que c'est beau ! Quand as-tu fait ce voyage ? Combien de jours était-ce ? Tu as dû avoir un peu froid mais quelle expérience !

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    1. Je suis partie 15 jours, dont 9 à cheval, mi-mai 2012. Le genre d'expérience qui ne s'oublie pas, même si en effet certains jours il n'a pas fait très chaud ;-)

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  4. Je n'en finirais jamais de baver devant ces sublimes paysages ! Ces couleurs...

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    1. Moi non plus, je ne me lasse pas de revoir ces photos! Du coup je passe des heures pour vous en choisir quelques unes :-)

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  5. Les photos sont MAGNIFIQUE O_o ! Cette chance de voyage =) Cela me fais penser au documentaire arte <3

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    1. Et pourtant, je suis loin d'être une vraie photographe avec mon petit appareil compact! Mais le pays est tellement magique que ça se voit sur les photos :-) <3

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  6. le téléphone suspendu à une poutre, génial !! je sais que je me répète mais oh mon dieu les photos sont magnifiques :D !

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    1. Et bizarrement le téléphone c'était loin d'être un smartphone ;-)
      Merci <3

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  7. Pareil, j'ai bien rigolé quand j'ai lu pour le portable suspendu à une poutre ^^ ! Mais c'est pas bête !
    C'est un très beau voyage que tu nous a proposé... Souvenirs encore intacts et vivaces 3 ans après le périple =)... Unforgettable !

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    1. Inoubliable, c'est le bon mot, t'as raison!
      Et le portable suspendu à la poutre, je crois que c'est parce qu'ils avaient trouvé le seul endroit où ça captait à peu près :-)

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  8. Le pastis au petit dej ! Quelle idée !!

    J'adore tes photos, nous faire partager tes aventues c'est vraiment cool. N'empêche, tu dois avoir tellement de magnifiques souvenirs... ça fait rêver :)

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    1. Je précise: moi j'en ai pas bu de pastis, je sais pas pourquoi mais ça me tentait pas...
      Merci <3

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