{Métier} Sabine Grataloup, directrice de l'agence de voyage Randocheval

Faire de sa passion un métier. Un rêve de beaucoup de cavaliers. Mais avez-vous pensé aux métiers non équestres, mais en lien avec les chevaux? Sabine Grataloup et son mari ont ainsi conjugué leur passion et leur métier en créant Randocheval, l'agence de voyage dédiée aux cavaliers.

Sabine Grataloup a eu la gentillesse d'accepter de répondre à mes questions afin de vous présenter son métier. Bonne lecture!


Cavali'Erre: *Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
 
Sabine Grataloup: J’ai 44 ans, je suis mariée et j’ai deux enfants de 8 et 10 ans. Je vis à la campagne dans la région lyonnaise avec nos deux chevaux ibériques, le poney des enfants, et Tattoo, notre chien border-collie.




* Pouvez-vous nous présenter votre métier en quelques mots ?
 

S.G.: Avec mon mari Thomas, nous avons créé Randocheval en 1998, une agence de voyages équestres qui envoie des cavaliers dans plus de 50 pays chaque année. 

Nous travaillons avec des guides équestres locaux, que nous sélectionnons et dont nous testons les programmes. Il peut s’agir aussi bien de randonnées équestres que de séjours en ranchs, des safaris à cheval en Afrique, des stages d’endurance…



Nous nous engageons ensuite avec ces guides sur un partenariat à long terme. Certains guides ne travaillent quasiment qu’avec nos clients toute l’année, c’est une relation de confiance mutuelle.


Il est essentiel pour nous de contrôler régulièrement la qualité de nos voyages, car la Loi française sur les ventes de voyages est très contraignante et engage la pleine responsabilité de l’agence de voyages.


Nos clients nous font confiance pour réaliser certains de leurs rêves, nous devons être à la hauteur !

 

* Comment vous est venue l’envie de créer une agence de voyage équestre?

 
S.G.: Mon mari et moi-même sommes passionnés de chevaux et de voyages depuis toujours. C’est même ce qui a contribué à nous rapprocher !


A chaque voyage, nous essayions de trouver un moyen de monter à cheval, mais c’était difficile, nous perdions du temps à chercher un centre équestre en arrivant sur notre lieu de vacances, puis à planifier des sorties à cheval, et en fin de compte, nous ne pouvions monter qu’un jour ou deux, sur des chevaux dont la fiabilité et la qualité n’était pas toujours au rendez-vous.


C’était très frustrant, et nous nous sommes dit que nous n’étions certainement pas les seuls cavaliers voyageurs dans ce cas. Tout est parti de là.



* De l’extérieur, nous pourrions imaginer que vous passez votre temps à tester des randonnées à cheval partout dans le monde. Mais qu’en est-il réellement ? A quelle fréquence êtes-vous réellement avec des chevaux ?


S.G.: C’est une très bonne question. Personnellement, nous avons nos chevaux à la maison, nous sommes donc avec eux jour et nuit, mais ce n’est pas directement lié à notre profession, c’est un choix personnel.

Les repérages sont bien sûr la partie la plus agréable de notre métier, nous partons une dizaine de fois par an. Depuis le début de l’année, par exemple, je suis allée au Maroc, au Costa Rica, en Namibie, en Mongolie (3 fois), dans le Médoc…



Mais 80% de mon temps, je suis à l’agence : il faut coordonner l’action des 11 personnes qui travaillent avec nous, faire les sites web, la brochure, être présents sur les salons, gérer l’entreprise…

 

* Pouvez-vous nous décrire une de vos journées-type au travail?


S.G.: La première chose que je fais en arrivant, ce sont les réseaux sociaux : Facebook, Twitter, Google+, Pinterest… à la fois pour Randocheval, Randocheval Mongolie, Mongolia Travel & Tours (la version anglophone de nos voyages en Mongolie), Ride in France (le site dédié aux cavaliers étrangers qui veulent venir en France) et Absolu Voyages (nos voyages non équestres).

Nos clients sont des passionnés, comme nous, et nous échangeons beaucoup de commentaires et d’impressions.


Je trie les photos de nos derniers repérages, pour les utiliser sur les sites web et les réseaux sociaux.


J’ai aussi développé un savoir-faire dans la prise de vues et le montage de vidéos : je ramène des dizaines de gigas de rushs de chaque voyage, qu’il faut monter avec des logiciels de stabilisation et de retraitement d’image, ce qui prend du temps. C’est très apprécié des cavaliers, qui peuvent découvrir les voyages en immersion et se faire une idée précise de ce qui les attend.



Ensuite, mon travail quotidien dépend de la période de l’année : en janvier-février, c’est la clôture des comptes de notre entreprise en Mongolie, donc je fais de la comptabilité en Mongol ! En avril, c’est la clôture des comptes en France, je passe donc à la comptabilité en Français...


Tout le premier semestre est très occupé par la Mongolie : je calcule les circuits à la carte, je communique beaucoup avec notre équipe sur place…


L’été est plutôt consacré aux sites web : nous en avons 5, dont je refais régulièrement les maquettes. Je le fais à cette saison, pour que l’équipe Randocheval fasse les mises à jour de l’année suivante sur la nouvelle maquette.


En septembre, je crée et mets en forme nos voyages en Mongolie de l’année suivante (randos à cheval, voyages de découverte et treks) : itinéraire, calcul des prix, mise à jour des sites web en français et en anglais.


En octobre, c’est la période à laquelle je fais la nouvelle brochure Randocheval. Elle est très attendue et c’est un travail essentiel de synthèse de tous nos voyages.


C’est ensuite la période des salons : Equita Lyon début novembre et le Salon du Cheval de Paris début décembre.
Voilà, nous avons fait le tour de l’année !

 

* Quelles sont les difficultés et les joies de votre métier ?


S.G.: Les difficultés sont celles de tout entrepreneur qui doit assurer la pérennité de son entreprise et des emplois qu’il a créés. Il y a un très gros risque financier, puisque la législation oblige à apporter en caution de l’entreprise l’équivalent de 20% du chiffre d’affaires annuel sur nos biens personnels, ce qui devient vite très important.

Nous sommes heureux de les avoir surmontées avec une certaine réussite, puisque nous sommes 13 personnes en France, et environ 50 en Mongolie, si on compte les guides, chauffeurs, nomades, cuisiniers… qui travaillent sur nos voyages. Nous sommes maintenant une des 3 premières agences équestres au monde.


Les joies sont essentiellement dans le fait de vivre de notre passion, et de la partager avec nos clients : je ne suis jamais si heureuse que lorsque je galope aux cotés de clients en Mongolie, et que nos regards se croisent avec tellement de bonheur partagé qu’il n’y a pas besoin de mots.



Une autre grande joie est d’avoir donné du travail à tant de personnes en Mongolie où nos familles nomades peuvent sécuriser leur quotidien, tout en ayant la fierté de voir des occidentaux traverser la moitié de la planète pour venir les voir. 

 

* Quelle formations et parcours professionnels peuvent mener à votre métier ? Que diriez-vous à ceux qui souhaiteraient l’exercer ?
 

S.G.: Nous avons fait une Ecole de Commerce, celle de Grenoble (Grenoble Ecole de Management). Cela nous permet de prendre en charge les éléments essentiels d’une agence de voyages : marketing, commercial, communication, gestion…

Il est essentiel d’être cavalier randonneur, bien sûr, mais le diplôme de guide n’est pas indispensable, puisque nous ne guidons pas nous-mêmes les randos.


Il y a aussi des compétences particulières au monde du tourisme : parler anglais, et maîtriser le système de billetterie aérienne car nous émettons nous-mêmes nos billets d’avion (nous sommes agréés IATA). Je crois que nous sommes la seule agence équestre à le faire, les autres font émettre leurs billets par d’autres agences. Cela nous permet de proposer des tarifs aériens imbattables.


Les personnes qui travaillent chez Randocheval et s’occupent des réservations sur les différentes destinations ont en général un BTS Tourisme, qui leur assure une formation à la billetterie aérienne, un niveau suffisant en anglais et la connaissance des contraintes légales liées à la vente de voyages.


Elles sont bien sûr toutes cavalières.


C’est un métier exigeant, car vous conseillez des personnes passionnées.



* Avez-vous une anecdote  personnelle qui représente votre métier ?


S.G.: Lorsque nous partons en repérage, c’est généralement hors saison, pour tester la randonnée avant l’arrivée des premiers clients, ou en fin de saison pour tester les randos de l’année suivante. Du coup la météo n’est pas toujours de la partie, mais nous devons tester les conditions réelles de la rando, y compris au niveau hébergement.

C’est ainsi que je me suis retrouvée en mai dernier à camper en Mongolie par -10°C dans le désert, c’était… revigorant !


Mais la joie de voir se concrétiser un itinéraire auquel j’avais rêvé pendant des années a largement compensé ce « léger désagrément »…

 

* Qu’est-ce que l’exercice de ce métier vous apporte au quotidien ?


S.G.: J’ai la grande chance de vivre de mes passions, et de les partager avec mon mari. Et maintenant, nos enfants commencent à nous suivre en rando, c’est une expérience magique pour la maman cavalière que je suis!
 

* Un dernier mot ?
 

S.G.: Randocheval a été créé sur un pari : celui de voir si d’autres cavaliers partageaient les mêmes rêves que nous.


Nous avons maintenant créé une grande communauté de "cavaliers rêveurs" unis par le même amour du cheval, de la découverte et des rencontres, et cela donne du sens à l’action de chacune des personnes impliquées dans l’aventure Randocheval !


***
Voilà des réponses qui révèlent que la conjugaison de la passion et du travail permettent de très belles réussites. Est-ce ainsi que vous perceviez ce métier? Est-ce un métier qui vous plairait?


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2 commentaires:

  1. Superbe interview Emilie ! Merci à toi (et à Sabine) de nous avoir fait découvrir l'autre envers du décor d'une agence de voyage équestre. C'est très intéressant !

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    1. Il faut dire surtout que Sabine est passionnée, et passionnante, et ça se sent!

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