Prendre des cours d’équitation dans un autre pays: j’ai relevé le défi

Partir vivre dans un autre pays, même proche du nôtre comme l’est la Suisse, c’est découvrir une autre culture, des différences qui touchent tous les aspects de la vie, même pour le sport. L’équitation ne fait pas exception.

Je vis désormais à Berne, capitale fédérale de la Suisse et où la langue parlée est le Suisse-Allemand. Non pas l’Allemand, que je parlais plutôt bien il y a quelques années et qui me revient progressivement, mais un dialecte local très particulier qui reste encore très incompréhensible à mes oreilles françaises.



En cherchant un centre équestre, le premier défi est donc de comprendre et de se faire comprendre ! Heureusement, la plupart des Suisses-Allemands parle aussi allemand, avec plus ou moins d’accent il faut l’avouer, et parfois le français.


Le deuxième défi, c’est de trouver les adresses des centres équestres alentours. Non seulement il n’y a apparemment pas de fédération comme la FFE avec un super site web avec une liste des centres équestres suisses, mais en plus à Berne, la « Reitschule » (littéralement Ecole d’équitation), c’est une salle de spectacle ! 


Le troisième défi est lié aux horaires : dans ce pays où les magasins ferment à 17h le samedi, il n’y a le plus souvent pas de cours d’équitation le samedi après-midi, jour où j’avais du temps pour partir en repérage.


Bref, j’ai pris mon courage à deux mains et je me suis armée de ma conviction de cavalière que monter à cheval mérite bien de relever ces défis. J’ai réussi en explorant le web à trouver quelques adresses et j’ai écouté la douce voix informatique de mon GPS. 


Premier essai, personne à l’horizon, des poneys avec des couvertures usées qui errent dans une carrière, je repars. Deuxième essai. Ça commence mieux, y’a du monde ! Une cavalière sympa prend même le temps de m’orienter vers la mono, dont j’attends la fin du cours avant d’aller la voir. Première impression plutôt positive : elle s’occupe de ses cavaliers avant des visiteurs. Deuxième point positif : je comprends son allemand. Quand je lui dis que je monte à cheval depuis 15 ans (déjà !), elle me propose de rejoindre le cours de niveau avancé. Ouf, pas besoin de passer les diplômes suisses ! Allez, je me lance, RDV dans 3 jours pour un essai.


Attention, première épreuve , celle de l’attribution du cheval. Après avoir retenu un fou rire et m’être interrogée sur l’humour suisse en apprenant le nom de mon cheval, je fais connaissance avec « Findus » (prononcez « fine-douce »), petit alezan costaud et courtaud (oui « fine-douce » est couleur moutarde…). Je ne sais pas si ce choix est un test pour connaître ma résistance à l’absence de confort à cheval, mais je découvre aussitôt les joies du tangage de gauche à droite puis de droite à gauche sur cette monture aux allures très (très) marquées.


Heureusement il y a Findus... La preuve que je ne l'ai pas inventé!

Au-delà de la barrière du langage, j’ai découvert ici une toute autre conception de l’enseignement de l’équitation. D’abord on choisit un cours, soit dressage, soit obstacle (enfin « gymnastique de saut », j’aime bien ce petit nom), mais on ne mélange pas les deux disciplines. Je rejoins donc pour l’instant un cours de dressage (mais mon petit doigt me dit que je ne vais pas tarder à tester le CSO au pays du champion olympique). Et là, retour à mes débuts de cavalière : on travaille toute la séance en reprise, les unes derrière les autres ! Ce qui est très très bizarre pour moi qui aie l’habitude de détendre et travailler individuellement. Mais je dois avouer que c’est super pratique pour savoir ce qu’il faut faire, vu que je ne comprends pour l’instant que la moitié des consignes. Il suffit de copier celle qui est devant. Normalement, la monitrice explique en suisse-allemand puis en allemand puisque nous sommes 2 à ne pas comprendre le suisse-allemand. Je me demande pourtant souvent quelle langue elle est en train de parler… Je vous laisse imaginer le résultat et mes yeux ronds au moment où je me suis retrouvée en tête et que la mono m’a donné une consigne !


Finalement, le fait de travailler en reprise est un avantage pour moi dans cette situation, puis que cela me laisse un peu plus la possibilité de me concentrer sur la compréhension des consignes. Cela permet aussi à Anita, la mono, de se concentrer sur chaque personne l’une après l’autre à chaque fois qu’on passe devant elle. Personne n’est oublié :-) J’ai aussi été étonnée du nombre d’exercices différents qu’on a pu aborder dans une séance. Et en plus, j’ai compris toute seule ce qu’est une« Schlangenlinie » (littéralement « ligne de serpent »).


L’autre point qui m’a surprise au départ, c’est que l’enseignement est plus focalisé sur le travail du cavalier que du cheval. En France, les cours étaient souvent orientés vers la réussite ou non de l’exercice par le cheval, et comment améliorer son travail. Ici, si le travail du cheval est important, c’est principalement sur le cavalier que l’accent est mis, et notamment sa position. Si je n’ignorais pas mes défauts de position, je n’avais pas tendance à me focaliser sur ceux-ci. En moins d’une séance en Suisse pourtant, je comprenais déjà très bien les « redresse tes épaules » et « regarde au loin » en allemand tellement je les ai entendus !


Tellement d’informations à digérer, une autre langue à comprendre, une autre culture équestre à laquelle il faut m’adapter, tout cela fait que j’étais très tendue et que j’ai même réussi à avoir un point de côté (après un long moment de trot assis sur le dos d’un Findus très inconfortable, rappelons-le néanmoins). Ce jusqu’au moment où, alors que je galérais avec ma positon au galop, Anita m’a rappelé d’une phrase très simple ce principe universel qui unit tous les cavaliers et toutes les équitations : « Du muss es geniessen » , « Tu dois (le) savourer ».


Ainsi, je découvre une équitation différente de celle dont j’ai l’habitude dans son enseignement, mais qui va de toute évidence m’apporter des choses nouvelles, et me permettre de travailler d’autres caractéristiques de mon équitation (ma position, aïe !). Je trouve que cette remise en question de mes habitudes en les confrontant à une autre culture est source d’enrichissement et de progrès. Une chose est sûre, je ne regrette pas d’avoir tenté l’aventure des cours d’équitation dans mon nouveau pays !


Un autre point appréciable dans ce pays, c’est la confiance. J’ai donné mon nom et mon adresse sur un bout de papier, demandé un abonnement de 10 séances, et j’attends toujours la facture. Bref, j’ai fait deux cours d’équitation dans un club qui ne me connait pas sans avoir besoin de payer à l‘avance. Et ça, c’est surprenant pour un Française, mais tellement agréable.

Maintenant, il ne me faut tester les cours d’obstacles  en Suisse : c’est prévu pour ce soir :-)



http://www.cavalierre.fr/search/label/Je%20dis%20voyage...

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10 commentaires:

  1. C'est super cette première approche. Je suis contente que tu ai osé car tu vas certainement apprendre beaucoup de choses et pleinement t'épanouir, en dressage comme en obstacle.
    A suivre...

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  2. Tu es motivée en tout cas. Mieux que ça, tu es passionnée, rien ne peut t'arrêter^^. Belle expérience et dépaysante pour le coup ;) Bises !

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  3. Super expérience ! Mine de rien, ça doit être très enrichissant de prendre des cours dans un autre pays, avec d'autres habitudes d'enseignement.
    Plein de belles aventures équestres t'attendent, alors :) .

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  4. Cet article est juste hyper intéressant ! Je l'ai dévoré ! Maintenant j'ai super hâte de voir ce que ça donne à l'obstacle et j'espère vraiment que tu nous offriras un article tout aussi passionnant ! MERCI !

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  5. Chapeau ! !! Je ne sais pas si je serais capable de suivre des cours dans une autre langue. Ce n'est pas évident de changer ses habitudes surtout après 15 ans de pratique :-). En tous cas ça a l'air de bien se passer, c'est cool.

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  6. Ouuuh hâte de lire le résumé de ce cours d'obstacle !
    C'est génial d'en apprendre plus sur la façon de faire dans d'autres pays et je pense même que les Suisses ont tout compris: quand le cavalier est parfait, pas de raison que le cheval exécute mal ce qu'on lui demande. Donc autant se concentrer principalement sur lui.

    J'ai eu cette année deux cours avec une mono qui se focalisait que sur moi et MON attitude agissait sur la jument qui corrigeait la sienne. Jamais je n'ai eu autant de remarques et de consignes mais ça fait du bien aussi ^^ En tout cas, bravo pour avoir bravé tout ça dans la langue de Goethe !

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  7. Alors c'est fait ! Tu es arrivée dans notre beau pays :-)
    Bern est magnifique, n'est-ce pas. J'y suis allée pour la première il y a quelques mois, mais je suis tombée amoureuse de cet endroit.

    Plein de bonheur à toi et à Findus :-)

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    1. Et oui, bien arrivée, bien installée, et j'adore Bern aussi, c'est trop beau :-D

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