De l'importance de savoir adapter son équitation aux circonstances

Du grand anglo au petit Islandais, du fin pur sang arabe à la Dodue Gypsy Cob, du pepère planplan à la miss nerveuse, la revue des montures pourrait durer mille ans. À nu ou bien calé dans l'imposante selle western, avec un mors, un hackamore ou sans les mains, pomponné comme pour un défilé ou les fanons tout crottés, harnaché à n'en plus voir la robe ou dégarni de la tête au pied, encore tant de variations dans la situation.


On est bien loin du dessin aux proportions et apparences parfaites de notre manuel Lavauzelle. Je fais du cheval, mais quel cheval? Celui du bouquin, ni trop vif, ni trop malin, ni trop large, ni trop fin? Celui rêvé, celui fantasmé, l'exemple parfait qui nous est enseigné? Celui-là même que j'ai longtemps cru connaitre, celui qui m'a tout appris. Tu montes à cheval, mais as-tu appris à te détacher de ce cheval imaginaire qui guide les premiers pas du cavalier?

L'équitation n'est pas une science exacte, mais l'art insaisissable de la multiplicité du vivant. Il y a l'équitation du débutant, celle des premiers pas hésitants, des essais et des découvertes. Il y a l'équitation bien huilée du cavalier sportif, ses fondamentaux essentiels et ses règles caractérielles. Et puis il y a l'équitation de circonstance. Celle qui change et qui s'adapte, celle qui varie, qui glisse des allures mesurées à la liberté du mouvement. Il y a l'équitation du cheval imaginaire, et celle du cheval vrai.

Si l'on me demande quelle équitation je pratique, je ne saurais plus répondre. Tour à tour française ou suisse, en faisant un détour par la version mongole, précise et concentrée sur la piste du manège ou détendue et relâchée dans les chemins de liberté. La main souple et légère toujours au contact, ou bien inutilisée. La voix ou les jambes comme aide préférée pour avancer. Tout dépend. Du cheval, du lieu, du travail, de l'objectif recherché. De là où je veux aller. C'est une équitation à géométrie variable.

L'équitation se défie d'une définition, car elle est multiforme et adaptable. Elle ne peut qu'être changeante et modulable à chaque instant. Apprendre à écouter, à saisir les nuances des circonstances pour mieux monter. As-tu remarqué comme celui-ci joue à s'effrayer de l'apparition d'un sac en papier, et comme celui-là tient tête aux cavaliers un peu trop zélés? Ferme, doux, attentif, patient, autoritaire, curieux, détendu, sérieux, il te faudra savoir jouer sur la gamme complexe des émotions pour dérouler la partition équestre avec un instrument vivant toujours différent.

Regarde autrement

Ce n'est qu'à l'écoute des circonstances que l'équitation fait sens. Le cavalier n'est pas une machine automate bien rodée, mais un savant mélange d'expérience et d'adaptabilité. Regarde, écoute, perçois, comprend. N'essaie pas d'appliquer les règles à la lettre, mais prend les pour guides sur un chemin serpentin. Oublie ce que tu as appris pour mieux le réapprendre.

Offre-toi la chance de monter différemment, de monter dans l'instant, de monter comme tu le sens.

Rendez-vous sur Hellocoton !

8 commentaires:

  1. Ton article est génial, il est tellement vrai !
    On doit s’adapter à tous les types de chevaux. Avant, je montais une jument qui ne faisait que du rodéo pendant toute la séance (la peste) mais j’adorais ça ! J’avais de la colle sur le cul, et je ne tombais pas. Ensuite j’ai eu ma demi-pension, beaucoup plus tranquille, j’ai pu travailler ma façon de monter, ma position etc, plutôt que de chercher à tenir à tout prix. Depuis que j’ai Tabasco, ma monte a encore changé. Il est plus « planplan » que la jument, mais il est aussi imprévisible (ultra peureux) et excité à l'obstacle, ce qui m’oblige à être constamment sur le qui-vif.

    Ce que je trouve dommage quand on ne monte plus qu’un seul cheval, c’est qu’on s’habitue énormément à leur façon d’être monté. Alors qu’avant, je pouvais passer du planplan à la furie sans soucis, aujourd’hui, je ne suis pas certaine de tenir 5 minutes sur la foldingue.

    Bonne journée à toi !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est vrai qu'en montant toujours le même cheval, on doit probablement affiner son équitation en fonction de son caractère. Mais même ainsi, je pense que ton équitation dépend aussi de ce que tu fais avec lui.

      Moi j'ai remarqué que j'ai quand même des préférences de caractères chez les chevaux. Ma DP d'il y a longtemps avait tendance à faire sa peste aussi, mais j'avais appris à sentir venir ses bêtises. Et l'année dernière j'ai monté une jument qui lui ressemble (tant physiquement que dans le caractère d'ailleurs) et j'ai retrouvé spontanément les mêmes réflexes avec elle!

      Supprimer
  2. Ce texte est absolument magnifique.
    Merci Emilie ! Encore un beau post qui amène à réfléchir sur la relation qu'on a à notre passion !

    RépondreSupprimer
  3. J'adore ce texte ! Il est magnifiquement écrit et le fond est très vrai ! Bravo

    RépondreSupprimer
  4. Très joli texte avec de belles rimes qui nous font glisser d'une ligne à l'autre !

    RépondreSupprimer
    Réponses
    1. C'est une plaisir de te faire naviguer ainsi dans mes réflexions. Merci Marylou.

      Supprimer

Ce sont vos commentaires qui me donnent envie d'écrire de nouveaux récits. Alors n'hésitez pas: Sélectionnez "Nom/URL", indiquez un nom et laissez un message. Merci et au plaisir de vous lire.