Une rencontre cavalière... pas tout à fait comme les autres

Il est des rencontres qui se font au premier regard. Ce n’est pas le cas de celle que je vais vous raconter. Non, cette rencontre entre nous n’était pas la première, loin de là. Mais ce fut pourtant la plus frappante que j’ai eu avec lui, celle qui m’a marquée pour longtemps.


Nous nous sommes probablement rencontrés un jour, un matin ou un après-midi peut-être, dans un coin des écuries. Nous nous sommes d’abord ignorés, salués en passant parfois, observés du coin de l’œil. Puis le hasard nous a fait nous retrouver à partager nos mercredis après-midis dans le manège. Petit à petit, nous commencions à nous comprendre, mais bien sûr nous sommes restés sages. C’est que nous n’étions pas toujours sous surveillance.


Il faut dire aussi, il n’était alors pour moi qu’un compagnon de passage, caractériel et molasson, souvent un peu grognon. Moi, j’étais déjà éprise d’une passion insensée et fusionnelle pour ma "douce" Jasmine, ne laissant que peu de place à d’autres aventuriers. Mais c’était sans compter sur sa détermination.


C’était un soir comme les autres, ou presque. Nous avions décidé ce jour-là, pour une raison qui m’échappe déjà, de remplacer la leçon par une séance de horse-ball improvisée. Nous étions, lui et moi, comme il se doit, dans des équipes opposées. Il ne se serait pas agi de se rapprocher.


Comme souvent avec des cavaliers non spécialisés, le jeu était plus ou moins sensé et organisé, plus ou moins rythmé, laissant apparaitre des opportunités. C’est donc ce soir-là qu’il choisit de se déclarer. 


Pris d’une flamme soudaine, il s’élança à toute allure vers moi, sans peur et plein d’espoir. Je pris la piste, songeant à éviter un moment gênant en public, mais, du coin de l’œil, à ma droite je le vis arriver. Une tête, un cou, un corps lancés vers moi. Moi cavalant fièrement à la vitesse du galop à quatre temps de ma monture d’1m45, je sus que je ne pourrais échapper à cette rencontre. Je compris alors comment parfois le temps se distend et ralentit son cours.

Face à moi, des lèvres, un œil, et soudain une joue qui se tend, qui grandit pour bientôt occuper toute ma vision. Moi, hébétée, stupéfaite, je comprends trop tard le piège qu’il me tend. Je n’ai plus d’échappatoire, il me faut me rendre à l’évidence. J’en suis convaincue désormais: il me donnera un nouveau-nez. Alors, vaincue, avec tout mon élan, mes lèvres viennent s’écraser avec ferveur contre sa joue tendue…


Et mon nez aussi… Crack !


Une rencontre courte, et pourtant fracassante.


Crack! C’était son nom, Crack. Un selle français suffisamment grand pour mettre sa tête à la hauteur de la mienne parce que je monte à poney (et j’en suis fière), avec qui j’ai partagé un tête-à-tête aussi brutal qu’inattendu, tous deux partis dans un galop trop difficile à arrêter et dans des directions contradictoires. Mon nez s’en souvient, mais rassurez-vous, aucun animal (et aucun nez) n’a été maltraité lors de la réalisation de cette cascade ! Au final, la grosse frayeur passée, rien de cassé. Le lendemain verra d’ailleurs une affiche proclamer à tous les cavaliers du club l’arrivée de mon « nouveau-nez », parce que bien sûr, l’ancien avait fait « Crack-Crack ».


Voilà, vous savez désormais pourquoi je suis fâchée avec le horse-ball !



Cette rencontre malencontreuse est ma participation à l’édition en cours de la Cavalcade des blogs, sur le thème « Rencontres »,  qui a lieu jusqu’au 25 mars sur mon blog. J’espère qu’elle vous aura inspiré l’idée qu’une rencontre, ce n’est pas toujours ce à quoi on pourrait penser en premier, et donné l'envie de partager votre histoire. Ou au moins qu’elle vous aura fait sourire.


Et vous, avez-vous déjà eu des rencontres un peu frappantes avec un cheval... ou un autre cavalier... ou un mur?
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10 commentaires:

  1. J'ai failli faire une belle rencontre avec le pare bottes une fois. Je montais mon meilleur ennemi, celui qui ne se laisse pas panser et avec qui on voltige quasiment à chaque reprise. Une tête de mule à qui on pardonne tout.

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    1. Juste "failli"! Ouf! Enfin, je crois qu'on est nombreuses à avoir rencontré un jour ou l'autre le pare-bottes!

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  2. Que de souvenirs et de rigolades bien sûr.Et il me semble bien que ce cher Crack aimait bien aussi piler devant l'obstacle et faire tomber ses cavaliers!
    Superbe texte tout en insinuation et si bien racontée.

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    1. Oh, je crois bien qu'il n'avait pas besoin d'obstacle pour faire tomber ses cavaliers le Crack!
      Je suis sûre qu'en effet, c'est là un souvenir que toi non plus tu n'as pas oublié, n'est-ce pas?

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  3. Super cet article !! Une histoire hyper bien écrit et surtout avec une fin inattendue ! J'adore :)

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    1. Tu me connais pourtant, j'aime bien les chutes inattendues (enfin sur le blog hein, pas à cheval) :-D

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  4. Rhooo, tellement bien racontée cette rencontre inattendue !! :D

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  5. Très joli texte plein de subtilités, d'originalité et d'humour ! Tout ce que j'aime :)
    Bisous et bravo !

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